Santé des sols : le vivant au cœur de la performance agricole

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Santé des sols : le vivant au cœur de la performance agricole


Lisez ci-dessous la transcription de la vidéo

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Sophie Voinis

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue sur le plateau de SPACE TV pour cet échange consacré à la santé des sols, pivot central de la performance agricole et de la transition écologique.

Aujourd’hui, produire mieux, sécuriser ses rendements et décarboner l’agriculture passe avant tout par la biologie des sols. Pour aborder ce sujet capital, j’ai le plaisir d’accueillir Samuel Marquet.

Bonjour Samuel. Vous êtes cofondateur et codirigeant de Gaïago. Présentez-nous Gaïago.

Samuel Marquet – Cofondateur et codirigeant de Gaïago

Qui sommes-nous ? Déjà, Gaïago vient de Gaïa, la Terre mère, la Terre nourricière. Et lorsque nous avons créé l’entreprise, nous y avons ajouté un " Go ".

Chez Gaïago, nous sommes portés par une vision : " L’Homme est vivant quand la Terre est vivante. " Cela tombe sous le sens.

Sophie Voinis

Ça tombe sous le sens.

Samuel Marquet

Exactement. Cela tombe sous le sens, mais finalement, on l’avait oublié.

Notre mission, c’est de revitaliser les sols pour permettre aux agriculteurs de changer de modèle rapidement : passer du modèle classique actuel à un modèle régénératif, une agriculture qui s’appuie sur le vivant et qui produit naturellement grâce au vivant.

Sophie Voinis

Pour ce faire, vous mettez en place des solutions innovantes. On va y revenir dans quelques instants, mais ce serait peut-être intéressant de poser d’abord un constat.

Quel constat avez-vous fait sur l’état des sols lors de la création de Gaïago ? C’est ce qui a dû impulser la création de l’entreprise ?

Samuel Marquet

Nous l’avons d’abord fait de façon, on va dire, empirique, en créant l’entreprise et en allant réaliser des profils de sol. Nous nous sommes aperçus que les sols étaient de plus en plus dégradés.

Aujourd’hui, l’Europe s’est emparée du sujet, tout comme la FAO. Que dit l’Europe ? Que plus de la moitié des sols européens sont dégradés ou très dégradés. C’est donc un véritable enjeu, qui concerne plusieurs dizaines de millions d’hectares à l’échelle européenne.

La FAO a également publié un rapport fin août. Que dit-il ? Depuis son rapport précédent, 58 % des sols ont continué à se dégrader. C’est la mauvaise nouvelle.

Mais il y a aussi une bonne nouvelle : 10 % des sols se sont améliorés. Chez Gaïago, nous sommes une petite pierre à l’édifice de ces 10 % de sols qui se sont améliorés et continuent de s’améliorer.

Cela signifie que ce n’est pas irréversible, à condition de prendre les bonnes décisions. S’occuper des sols et de leur fertilité est une décision stratégique pour l’agriculteur.

Sophie Voinis

Vous avez en partie répondu à la question, mais pourquoi cette biologie des sols est-elle réellement devenue aujourd’hui la clé de voûte de la ferme ?

Samuel Marquet

Les sols ont perdu beaucoup de matière organique. L’ADEME a montré que, dans les sols céréaliers, nous sommes passés de 4 % de matière organique à 1,6 % entre 1900 et aujourd’hui. C’est considérable.

Pour recréer de la matière organique et de l’humus dans les sols, vous avez besoin de microbiologie.

Vous avez des éléments minéraux dans votre sol, mais ils ne sont pas forcément biodisponibles. Pour les rendre biodisponibles, vous avez besoin de micro-organismes : des bactéries, des champignons, des vers de terre… et surtout de cet équilibre.

La plante ne vit pas seule dans un milieu stérile : elle vit dans un milieu vivant. Et plus ce milieu vivant est équilibré, plus la plante va grandir naturellement et en bonne santé. C’est finalement du bon sens.

Sophie Voinis

Mais tout cela, on l’avait perdu. Pourquoi la biologie du sol est-elle devenue limitante au fil des années ?

Samuel Marquet

C’est très insidieux.

À l’origine, nous partions d’un niveau de matière organique très élevé. Puis il y a eu l’intensification de l’agriculture : il fallait nourrir la population. Il y a eu l’augmentation de l’utilisation des engrais, nous avons labouré de plus en plus profond, intensifié les rotations avec davantage de cultures et des rendements importants.

Et finalement, la matière organique a baissé petit à petit, sans que l’on s’en rende vraiment compte.

Aujourd’hui viennent s’ajouter les effets du changement climatique. La résilience des sols prend de l’importance et, à un moment où l’on atteint des plateaux de rendement, la santé du sol devient réellement un facteur limitant.

Sophie Voinis

Est-ce l’agriculture intensive qui est remise en question ?

Samuel Marquet

Pas forcément. L’agriculture peut être intensive. En revanche, elle peut être intensive par le vivant.

Ce qui est remis en cause, c’est une agriculture intensive qui repose simplement sur la chimie et, quelque part, sur le pétrole, alors que l’on peut imaginer une agriculture intensive basée sur le vivant.

Et c’est cela, l’avenir de l’agriculture : une agriculture intensive basée sur un vivant intensif, capable de rendre des services pour nourrir l’humanité, mais aussi de fournir un certain nombre de services écosystémiques aux agriculteurs et à l’ensemble de la population.

Sophie Voinis

Gaïago s’est construite sur cette promesse de réparer la terre. Quel constat faites-vous aujourd’hui sur l’état de santé des sols ?

Samuel Marquet

Il y a un énorme chantier autour de la santé des sols. Mais nous sommes capables de les améliorer, et c’est la bonne nouvelle.

Si nous mettons en place les bonnes solutions, cela peut aller assez vite. Nous le montrons chez Gaïago à travers nos solutions : plus on combine de solutions positives, plus on peut régénérer rapidement les sols.

Mais il y a urgence à agir, parce que le contexte a changé en dix ans.

Il y a dix ans, nous ne voyions pas les effets du dérèglement climatique comme nous les voyons aujourd’hui. Un printemps extrêmement pluvieux, des étés chauds… Nous en parlions avant le plateau : 41 °C pendant plusieurs jours à Rennes, quasiment trois mois sans pluie dans la région rennaise… Nous n’avions jamais vu cela.

Cela s’accélère. Cela implique aussi une prise de conscience sur ce que l’on produit, sur la manière dont on le produit et donc sur l’importance de la santé de nos sols.

Le premier capital d’une exploitation agricole, c’est le sol. Ce n’est pas le tracteur, ce n’est pas le hangar : c’est bien le sol.

Et c’est d’autant plus important que ce sol ne disparaît pas lorsque vous arrêtez votre activité. Quelqu’un d’autre reprend l’exploitation et doit continuer à produire dessus, dans un contexte où la population mondiale augmente et où il faut nourrir les gens.

Sophie Voinis

Concrètement, comment vos solutions s’intègrent-elles dans les systèmes de polyculture-élevage ? Et quels bénéfices mesurables apporte aujourd’hui un sol vivant sur la qualité des fourrages et la rentabilité globale d’une exploitation ?

Samuel Marquet

Je vais prendre l’exemple d’un produit. Nous avons plusieurs produits dans la gamme Gaïago, en fonction des objectifs de l’agriculteur et de sa problématique. Je vais faire un zoom sur Nutrigeo, qui est un produit phare chez Gaïago.

Que va faire Nutrigeo ? Il va activer les champignons, et notamment les mycorhizes du sol.

La conséquence, c’est que la matière organique fraîche restituée au sol — par exemple le fumier chez un éleveur — va être transformée plus rapidement en une forme stable, l’humus, notamment grâce aux champignons.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Votre sol va stocker davantage de carbone. Il va remettre à disposition davantage d’éléments minéraux pour la plante. Il va également pouvoir stocker davantage d’eau, parce que vous allez développer ce que l’on appelle le complexe argilo-humique.

C’est comme une grosse éponge. Plus cette éponge qu’est le sol devient importante, plus elle est capable de stocker de l’eau.

Quand il pleut beaucoup, le sol peut donc retenir davantage d’eau. Cela signifie aussi moins d’éléments qui partent vers les rivières, notamment des éléments minéraux ou des nitrates.

Et lorsque la plante en a besoin, le sol peut lui restituer davantage d’eau.

Pour l’agriculteur, il y a aussi d’autres bénéfices : moins de travail du sol, parce qu’un sol poreux se travaille mieux, mais également des conséquences sur les performances de la culture, en termes de rendement et de qualité.

Pour un éleveur, c’est essentiel lorsqu’il produit un fourrage : il y a bien sûr le rendement, mais également la qualité de ce fourrage, puisque c’est lui qui va nourrir ses animaux.

Sophie Voinis

Le marché des biosolutions explose et suscite parfois du scepticisme, on le sait.

Comment validez-vous scientifiquement l’efficacité des solutions et des produits que vous proposez ?

Samuel Marquet

C’est extrêmement important.

Nous avons créé une chaire de recherche, Biomes, avec l’Institut Polytechnique UniLaSalle. La première étape consistait à démontrer scientifiquement les modes d’action.

Aujourd’hui, nous avons des publications scientifiques à comité de lecture qui permettent d’expliquer et de démontrer les modes d’action des produits.

Nous avons montré, par exemple pour Nutrigeo, son impact sur les populations microbiennes, sur les champignons et sur le stockage de carbone.

C’est une première étape.

Ensuite, nous réalisons des essais avec des organismes afin de démontrer la pertinence agronomique au champ.

Nous avons également mené une très vaste opération auprès de plus de 2 000 agriculteurs. Ils ont divisé une parcelle en deux : sur une moitié, nous avons appliqué Nutrigeo ; sur l’autre, l’agriculteur a continué à travailler comme il le faisait habituellement.

Quelques mois plus tard, nous avons observé ce qui s’était passé sur la structure du sol grâce à un test connu, le " drop test ". Vous prenez une motte de terre, vous observez comment elle éclate et la taille des particules obtenues.

Nous avons montré que nous avions davantage de particules fines et un sol avec une meilleure structure. Nous avons également observé des évolutions des niveaux de matière organique.

Nous travaillons donc à plusieurs niveaux : la preuve par les faits et le test au champ, la preuve par les essais en bandes avec répétitions, et la preuve par la publication scientifique.

Et nous continuons à investir dans la recherche. Nous venons notamment de prolonger la chaire Biomes pour travailler sur des sujets spécifiques autour de l’azote.

Sophie Voinis

On parle beaucoup de transition agroécologique et de crédits carbone. Quel rôle jouent aujourd’hui la revitalisation des sols et Gaïago dans cette trajectoire de décarbonation de la Ferme France ?

Samuel Marquet

Les sols ont perdu beaucoup de matière organique. Ils ont donc une capacité à en regagner. Et lorsque vous regagnez de la matière organique, vous stockez du carbone.

Ce sont des milliers de tonnes de carbone qui peuvent être stockées dans les sols.

Nous avons créé un programme qui s’appelle Gaïago Carbone, qui permet à l’agriculteur d’être rémunéré sur le carbone qu’il stocke réellement dans ses sols.

C’est un programme de cinq ans. Nous réalisons une analyse de sol au démarrage, puis à trois ans et à cinq ans, et nous observons la différence de niveau de carbone entre les différentes périodes.

Tout cela est certifié par un organisme mondial, Gold Standard. Nous avons développé une certification avec Gold Standard.

Une fois les crédits carbone certifiés, nous les vendons à des entreprises engagées dans des trajectoires de décarbonation, et le revenu revient à l’agriculteur.

Pour nous, c’est un véritable moyen de financer la transition de l’agriculteur, mais aussi de le rémunérer pour le service environnemental qu’il rend à la société en stockant du carbone, ce qui est loin d’être négligeable.

En agriculture, nous avons bien sûr des enjeux de diminution des émissions, notamment à travers la gestion de l’azote. Mais nous disposons également d’un formidable levier : le stockage du carbone dans les sols grâce à l’augmentation des taux d’humus et de matière organique.

Nous travaillons très fortement sur ce deuxième sujet.

Aujourd’hui, ce programme représente plus de 50 000 hectares et plus de 1 200 agriculteurs engagés, essentiellement en France, mais aussi en Belgique.

Nous commençons également à l’étendre. Nous l’avons déployé en République tchèque cette année et nous avons la volonté d’aller dans d’autres pays européens.

Partout où il existe des sols dégradés, nous souhaitons développer cette démarche. Non seulement c’est un moyen de revitaliser les sols et d’aider les agriculteurs dans leur transition, mais cela permet aussi de financer cette revitalisation grâce à la vente de crédits carbone.

Sophie Voinis

Malheureusement, votre marché peut donc s’étendre à toute l’Europe aujourd’hui, voire au monde entier. Et la concurrence, où est-elle ? Elle existe ?

Samuel Marquet

Oui, il y a de la concurrence.

Nous avons des concurrents qui apportent du conseil, d’autres qui proposent des solutions, et d’autres encore qui développent des crédits carbone.

Nous sommes les seuls à regrouper les trois.

Pourquoi avons-nous choisi de réunir ces trois dimensions ? Parce que nous pensons qu’il faut jouer sur différents leviers pour aller vite.

Et l’enjeu, c’est d’aller vite.

Sophie Voinis

Il y a donc un véritable enjeu sociétal. Parce qu’à un moment donné, on risque de ne plus pouvoir récupérer ce qui a été perdu ?

Samuel Marquet

Nous n’en sommes pas encore là. Je suis quelqu’un de profondément optimiste.

Il y a la force du vivant. Vous avez une telle puissance du vivant, c’est extraordinaire.

Mais il faut quand même s’en occuper, parce que plus on atteint des seuils bas, plus il faudra du temps et plus cela coûtera cher pour restaurer les sols.

Nous avons un enjeu climatique fort. Nous avons également l’enjeu de nourrir une population qui continue d’augmenter. Dans ce contexte, il faut des sols en bonne santé, des sols forts, pour assurer une véritable résilience des cultures.

Nous avons déjà embarqué 1 200 agriculteurs et nous voulons en embarquer beaucoup plus. Nous avons également embarqué un certain nombre de distributeurs.

Mais l’enjeu est tel qu’il faut accélérer. Il faut vraiment accélérer la revitalisation des sols, que ce soit avec Gaïago ou avec d’autres solutions.

C’est un enjeu de société.

L’Europe commence à le prendre en charge. Une directive sur les sols a commencé à émerger, mais je trouve que cela avance trop lentement au regard du rôle stratégique des sols.

Il existe aussi un autre exemple. Des médecins ont montré qu’il y avait un lien direct entre le microbiote de notre intestin et le microbiote du sol et que, finalement, cela formait un seul microbiote.

Quand vous imaginez cela, vous vous dites : " Toutes ces petites bestioles sous mes pieds, j’ai vraiment intérêt à en prendre soin. "

Prendre soin de la microbiologie des sols est essentiel. Vous avez des milliards et des milliards d’êtres vivants sous nos pieds qui sont directement au service de l’Homme.

Si l’Homme veut être en bonne santé, s’il veut avoir des aliments sains, il faut vraiment s’occuper du sol et de sa biologie.

Sophie Voinis

C’est quasiment de la philosophie ?

Samuel Marquet

Il y a effectivement un côté philosophique. Il y a cette notion de bien commun, de maison commune.

Quel est notre premier bien commun ? Ce sont les sols. Ce n’est pas notre voiture, ce n’est pas notre maison : c’est notre Terre, avec un grand T.

Il existe des proverbes qui disent que nous avons reçu la Terre de nos parents et que nous l’empruntons à nos enfants. Finalement, c’est vraiment cela.

L’un des enjeux pour la société aujourd'hui, et pas seulement pour le monde agricole,  est de transmettre à la génération suivante des terres plus fertiles et plus vivantes que celles que nous avons reçues.

C’est un véritable enjeu de société. C’est un enjeu mondial.

Parce que nous n’avons pas de plan B.

Il n’y a pas de plan B.

Pour former un centimètre de sol, il faut 1 000 ans, voire plusieurs milliers d’années. Et lorsqu’un gros orage emporte ce sol jusqu’à la rivière en vingt minutes, vous perdez quelques milliers d’années de création du sol.

C’est tout cela qu’il faut mettre en parallèle.

C’est un enjeu de société, un enjeu pour l’agriculture, et le monde agricole doit s’emparer de la question des sols et en faire sa première priorité stratégique


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