Oui, nos sols agricoles s’épuisent mais il n’y a pas (encore) péril en la demeure.

par Samuel Marquet, co-fondateur et co-dirigeant de Gaïago et Alexandre Euzenot co-dirigeant de Gaïago

Les sols fatiguent, les récoltes deviennent imprévisibles, les terres perdent leur vitalité. Pour beaucoup d’agriculteurs français, ce constat n’a rien de théorique : il se vit au quotidien, dans les rendements en baisse, la dépendance accrue aux intrants et la vulnérabilité croissante face aux aléas climatiques.‍

Plus de la moitié des sols agricoles européens sont aujourd’hui dégradés par l’érosion, l’appauvrissement biologique, l’usage intensif de produits chimiques et les effets du changement climatique. Une étude récente le confirme : sans évolution des pratiques, la rentabilité des exploitations françaises pourrait chuter de 5 à 72 % d’ici 2050. C’est une menace directe pour notre souveraineté alimentaire, pour l’économie rurale et pour la transition climatique. Ce diagnostic est désormais largement partagé et il rejoint les alertes lancées depuis plusieurs mois par le monde agricole lui-même

Une urgence reconnue au plus haut niveau de l’État

Les annonces récentes du Premier Ministre vont dans ce sens. En promettant une loi d’urgence agricole présentée en mars, avec un examen parlementaire avant l’été, le gouvernement reconnaît que la crise agricole n’est plus conjoncturelle mais structurelle. Gestion de l’eau, moyens de production, simplification des cadres d’action, les priorités affichées traduisent une prise de conscience salutaire à quelques semaines du Salon International de l’Agriculture. Mais une loi d’urgence ne peut se limiter à éteindre les incendies. Elle doit aussi ouvrir des perspectives durables. Car derrière la colère actuelle, exprimée dans les mobilisations et les barrages, se cache une réalité plus profonde, le modèle productif est fragilisé à sa base, par l’état même des sols.

Changer de paradigme et remettre les sols au cœur de la solution

Les sols sont le cœur battant de l’agriculture. Lorsqu’ils sont vivants, ils retiennent l’eau, nourrissent les cultures, stockent du carbone et amortissent les chocs climatiques. À l’inverse, des sols dégradés aggravent les sécheresses, les inondations et la dépendance économique des exploitations. La bonne nouvelle, c’est que les solutions existent déjà. Alterner les cultures, couvrir les sols, réintroduire de la matière organique, utiliser des biostimulants* : autant de pratiques régénératives qui font leurs preuves. Les résultats sont étonnamment rapides : rendements plus stables, meilleure résilience face aux aléas climatiques, qualité nutritionnelle renforcée. Oui, ces transitions demandent de l’investissement, du temps et de la formation. Mais elles paient. Et rapidement. Les exploitations engagées dans la régénération des sols sécurisent leurs marges sur le long terme.

Pour la première fois, Gaïago va rémunérer les agriculteurs pour leurs résultats

C’est précisément pour accompagner ce changement que des dispositifs innovants voient le jour. Pour la première promotion du programme Gaïago Carbone, premier programme mondial SOC** design certified par Gold Standard, 133 agriculteurs, engagés sur 5 203 hectares, vont bénéficier d’une rémunération liée au stockage additionnel de carbone dans les sols. En moyenne, cela représente

304 € / hectare correspondant au stockage généré au cours des 3 premières années d’engagement. Les crédits carbone sont valorisés par South Pole, acteur international de référence, et les premiers paiements interviendront dès mars 2026.

Et c’est le caractère novateur et concret du programme : la rémunération est directement liée à l’impact agronomique et climatique mesuré.

Transformer l’urgence en opportunité

La régénération des sols est l’un des leviers les plus puissants pour bâtir une agriculture à la fois productive, résiliente et climatiquement responsable. Et pour réussir, l’effort doit être collectif. Les filières et les coopératives ont un rôle clé à jouer en valorisant les productions issues de pratiques régénératives. Les entreprises et les banques peuvent financer massivement ces projets carbone, qui combinent performance économique et bénéfice environnemental. Et l’État, à travers la loi annoncée et les politiques publiques à venir, peut sécuriser les agriculteurs engagés par des aides stables, une reconnaissance claire et un cadre lisible.

En écoutant enfin le cri silencieux des sols et en soutenant celles et ceux qui innovent sur le terrain, nous pouvons transformer l’urgence agricole actuelle en opportunité durable. Sauver les sols, c’est préserver la mère nourricière de nos exploitations et l’avenir de notre agriculture. C’est désormais possible rapidement, concrètement et visiblement.

 

  

*Nutrigeo de Gaïago

**Stockage de Carbone Organique dans les sols